Le point sur la transformation écologique de l’économie, par J.-P. Magnen.

Jean-Philippe MAGNEN,  Président du groupe des élu-e-s EELV au Conseil Régional.      3ème vice-président du Conseil Régional.   Président de la commission de l'Emploi, de la Formation professionnelle et des métiers de demain.

A l’occasion des Journées de formations des éluEs écologistes du Cédis, qui se sont déroulées à Nantes du 17 au 20 août, Jean-Philippe Magnen est intervenu lors de l’atelier sur la transformation écologique de l’économie.


 

Quelque chose a changé. Dans les mots, dans le vocabulaire politique, tout du moins. On nous parle – chaque jour et toujours plus – de « croissance verte », d’« économie verte », d’éco-filières, d’« éco-industrie », d’« agriculture bio »… Vraiment, le « bio-quelque chose », « l’éco-bidule » et les « machins verts », tout ce vocabulaire est à la mode. Les mots éco/bio/vert sont à la mode. Mais s’agit-il seulement d’une question de vocabulaire ?

 

Non, les mots ne suffisent pas. Le green-washing est un piège grossier dans lequel nous ne devons pas tomber. Il est bien trop pratique pour masquer les pratiques plus ou moins cohérentes des acteurs traditionnels de la politique comme de l’économie.

 

Non, les mots ne suffisent pas.

 

Nous avons imposé l’exigence écologique au cœur du débat politique, nous pouvons en être fiers. Mais c’est notre responsabilité désormais d’en faire mesurer les exactes conséquences sur l’action politique. Avec précision, avec intransigeance, avec la volonté de vraiment faire changer les choses. Car ce ne sont pas seulement les mots qui ont changé : il nous faut démontrer que la réalité a changé, que le modèle de société, le modèle d’économie a changé.

 

1 – l’économie verte, pas la croissance verte

 

D’abord, ne parlons plus de « croissance verte ». Cela n’existe pas. Continuer à utiliser le concept-même de « croissance », même habillé de couleur verte, est une erreur ; c’est une défaite de la pensée face à nos adversaires idéologiques.

 

L’objectif des écologistes est double : En un, nous visons la décroissance de l’empreinte écologique jusqu’à un niveau soutenable pour la planète (il faut être précis, il ne s’agit pas de « décroissance économique » en décalque inversé de la « croissance économique », mais bien de décroissance de l’empreinte écologique).

 

En deux, et en même temps, nous visons l’amélioration du bien être du plus grand nombre.

 

Ainsi, nous ne pouvons nous contenter d’indicateurs comme le PIB pour mesurer comment va notre économie et notre société. Il nous faut imaginer des indicateurs qui prennent en compte le bien être, la qualité de la vie… La croissance, dans ce cadre, est une notion qui est intimement liée au modèle ancien – et que nous n’avons de cesse de contester – d’économie libérale. Il n’y a aucune « croissance verte » que nous puissions en soi viser.

 

Il y a en revanche une « économie verte », ou, autrement dit, une « économie alternative », qui est notre objectif : c’est elle que nous devons activer, et faire grandir. Cette économie ne sera pas un « îlot » isolé au sein de l’économie traditionnelle, elle ne sera pas que le secteur « environnemental » de l’économie traditionnelle… Cette économie entraînera une nouvelle dynamique dans le développement d’emplois « verts » – dans les transports collectifs, l’agriculture bio, les énergies renouvelables, la chimie verte… – tout comme elle entraînera, pour assurer le bien vivre que nous souhaitons, le développement de nouveaux services : petite enfance, dépendance, culture, formation, éducation, santé…, et tout comme elle sera dynamisée par de nouvelles façons de penser l’organisation de l’économie : ce que l’on appelle l’économie sociale et solidaire…

 

Il y a donc un autre modèle de société à penser, à organiser concrètement, et c’est notre « métier » d’élus écologistes de le faire.

 

2 – la transformation écologique et solidaire de l’économie

 

Ainsi, plutôt que de parler de « conversion écologique de l’économie » comme on le dit souvent, je préfère pour ma part parler de « transformation écologique et solidaire de l’économie ». Transformation plutôt que conversion, pour insister sur la nécessaire refonte globale et en profondeur de l’économie, qui passera certes par la conversion de certains secteurs, mais aussi et surtout par l’invention de nouveaux secteurs.

 

Et puis, je tiens à associer les transformations sociale ET écologique, parce qu’il faut en permanence prendre garde à ce que nos concitoyens ne nous réduisent pas au seul enjeu environnemental ; À l’interne, pour nous, chez nous, c’est évident ; à l’externe, sur le champ public, c’est un enjeu important de clarification de débat.

 

Au quotidien, nous sommes confrontés dans le travail de terrain à nos partenaires de gauche qui ont – semble-t-il – accepté, compris et partagé beaucoup de nos exigences. En fait, ils ont bien assimilé les mots. Mais il est loin d’être assuré qu’ils aient assimilé – ou accepté – tout le sens de ces mots, ou toute leur implication. Le plus souvent, je le crois, ils en sont restés à la découverte d’un nouveau levier d’action, dans une traditionnelle logique de pansement, de pansement social… Mais parfois pas beaucoup plus. Cela vaut souvent pour la droite comme pour la gauche, d’ailleurs.

 

Ainsi, la fameuse expérimentation de l’économie verte soi-disant lancée au début de l’été par le gouvernement – comme si nous l’avions attendu ! – est révélatrice des risques que nous pouvons affronter. À la fois le risque de velléités très politiciennes (où sont les budgets, dans le projet gouvernemental ??) et le risque de dérapage qui n’est pas simplement sémantique : on peint la croissance en vert, on développe des « niches » vertes… Mais on ne repense rien au fond !

 

Or, nous voulons aller vraiment aller loin, aller fort, aller au fond, pour relayer des conversions qui ont commencé, pour accompagner des acteurs qui ont déjà avancé sur ce terrain, mais aussi pour impulser des transformations profondes qui sont encore à venir, à inventer. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour, au-delà de la réponse conjoncturelle, passer à un stade plus ambitieux, plus prospectif.

 

Et les politiques ne feront pas seuls ce travail : il nous faut inventer de nouveaux partenariats, de nouveaux « modes de faire », avec les acteurs de l’économie et des territoires, avec les entreprises et les syndicats…

 

3 – les avancées en Pays de la Loire

 

Parlons de notre expérience, en Pays de la Loire. La Région a par exemple lancé un plan anti-crise, original et fort, que nous, écologistes, avons largement soutenu. Deux de ses mesures phares sont d’une part la création d’un fonds d’aide aux licenciés économiques, et d’autre part un dispositif innovant appelé « sécurisation de l’emploi par la formation professionnelle ».

 

Il s’agit là d’offrir aux secteurs et entreprises en crise la possibilité d’exploiter ce moment difficile pour se transformer – travailler sur leurs compétences, accompagner leurs salariés en formation plutôt que de les mettre en chômage technique – et aborder ainsi de nouveaux métiers, de nouveaux secteurs qu’autrement ils n’auraient pas été en mesure de prendre à bras le corps. Au total, ce sont 805 000 heures/stagiaires qui ont été consommées en 12 mois, au bénéfice de 113 entreprises et 5200 salariés pour un investissement de 3,5 millions d’euros.

 

Les exemples en sont multiples. Certains sont spectaculaires : sans doute avez-vous entendu parler des chantiers navals de Saint-Nazaire, où la réorientation vers la construction de plates-formes éoliennes offshore pourrait permettre de conserver de 400 à 500 emplois. Et je pourrais également évoquer le regroupement de PME en Sarthe autour du secteur éolien, et la création d’un cluster « éolien », en liaison avec une formation à la maintenance et un labo de chercheurs mobilisés sur ce sujet; ou encore l’accompagnement des secteurs du bâtiment aux nouveaux enjeux de l’énergie et notamment de l’isolation thermique…

 

Clairement, il y a là la démonstration de la réalité de ce qu’est la transformation écologique de l’économie, avec tous ses bienfaits sociaux, permettant de créer sans doute des emplois, mais aussi permettant de maintenir de nombreux emplois en les transformant de l’intérieur.

 

Développons encore l’exemple de la région des Pays de la Loire. Nous avons également mis en place une approche par territoire. À Saint-Nazaire autour de la navale, mais aussi et surtout de sa pléiade de sous-traitants, je l’ai déjà évoqué, mais aussi dans le sud-Vendée autour de 3 entreprises sinistrées (Samro, Plysorol, SKF), et dans le bassin d’emploi d’Ancenis autour de l’entreprise Manitou elle aussi bousculée par la crise, nous avons mobilisé des moyens pour permettre aux salariés de valoriser leurs savoir-faire ou d’en acquérir de nouveaux. Objectif : au moins passer le cap de la crise, mais souvent aussi se mettre en situation de retrouver un emploi, ou d’occuper un nouvel emploi dans une nouvelle filière d’activité qui jusqu’alors n’existait pas.

 

Nous sommes en train de développer en Pays de la Loire ce que nous appelons un « Service Public Régional de la Formation Professionnelle Continue », dont l’objectif est à la fois de soutenir un vrai système de « formation tout au long de la vie », mais aussi et surtout de garantir la continuité professionnelle. Dans la crise et hors la crise, il faut tout faire pour les personnes soient maintenues en compétences, pour qu’elles aient la possibilité de se former en anticipation ou en réaction aux événements de leur vie, pour que les territoires restent irrigués d’activités structurantes, innovantes et exploitant par exemple les nouveaux métiers de l’environnement ou du service à la personne… Nous avons par exemple lancé l’expérimentation d’un service de « conseil en évolution professionnelle », au bénéfice des salariés. C’est là une première en France !

 

Parallèlement l’Etat tout en affirmant le contraire rogne sur tous ces budgets, écolos comme liés à l’emploi et à la prospective… 300 millions d’euros cet été !

 

Alors oui, la transformation écologique, sociale et solidaire de l’économie a commencé. En Pays de la Loire, nous y prenons notre part. C’est une partie de notre réponse face à la crise. Mais cela sera bien plus dans l’avenir, dans une logique plus largement structurante et plus prospective.

 

Nous travaillons à des approches territoriales, nous travaillons à des approches par secteurs… Nous réfléchissons aujourd’hui à définir les critères de l’éco-conditionnalité des aides publiques aux entreprises, et nous réfléchissons sur la nature-même de ces aides…

 

Selon qu’elles appuient des éco-projets qui naissent dans les filières traditionnelles ou qu’elles soutiennent l’émergence et le développement de filières nouvelles, des éco-filières proprement dites. Il nous faut travailler sur les cas de figure les plus divers : ces filières peuvent être liées à l’énergie ou non, elles peuvent êtres nées du développement durable (les énergies marines, par exemple) ou issues de la conversion d’une filière existante, comme dans le bâtiment par exemple ; ces éco-filières peuvent être connectées à une technologie ou à un marché qui selon les cas seront déjà matures (recyclage des déchets) ou encore immatures (éolien flottant ou sur les carburants écolos)…

 

Nous lançons également une grande étude sur les éco-filières, pour connaître leur réalité, pour apprécier leurs potentiels et leurs besoins.

 

Nous tâchons ainsi de nous mettre en situation de savoir pour décider, pour choisir, pour orienter nos actions et nos crédits… Une exigence d’autant plus forte dans le contexte de raréfaction budgétaire et de réforme territoriale que nous traversons.

 

4 – Conclusion

 

Alors oui, la transformation écologique, sociale et solidaire de l’économie a commencé. En Pays de la Loire, la région y prend sa part. Et il nous faut aujourd’hui poursuivre cet effort : il est né en réponse à la crise, sous la pression de la crise. Demain, il faut que nous soyons en situation d’anticiper, pas seulement de réagir. Ce qui passe par l’émergence de nouvelles logiques, d’un autre modèle… dont il faudra d’ailleurs que nous convainquions d’abord nos partenaires de gauche.

 

Dans le projet écologiste, nous associons délibérément « la qualité de vie » à la question du « pouvoir d’achat ». Du côté du PS, ce n’est pas tout à fait le cas. Certains, certaine !!, nous parlent de la société du « care », de la société du soin. C’est un grand et beau débat, qui vogue bien haut, dans les sphères nationales… mais qui a beaucoup de mal à exister localement.

 

Chez nous, chez les écologistes, c’est concrètement et aujourd’hui, sur le terrain, les mains dans le cambouis, que le projet de transformation écologiste et solidaire commence à changer la société.

 

Jean-Philippe MAGNEN

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