Intervention de Lela Bencharif sur la lutte contre les discriminations

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Si la lutte contre les discriminations est désormais totalement reconnue comme une question légitime dans la société française, il reste que des divergences importantes apparaissent quant au traitement de la question et aux approches mobilisées (juridiques, économiques, sociales, culturelles…) pour construire des éléments de diagnostic et des réponses adaptées. Une des premières difficultés réside en effet dans le caractère polysémique de la notion de discrimination, pour laquelle le code pénal a défini une liste de 18 critères de discrimination et identifier des situations discriminantes répréhensibles par la loi.

La lutte contre les discriminations ne se décrète pas, elle s’énonce certes dans le cadre de la loi, mais elle s’applique dans le cadre de l’ensemble de nos politiques publiques, et engage sur le terrain de nombreuses associations, organismes et structures d’éducation populaire. Mais force est de constater que les discriminations persistent et buttent bien souvent sur la « force des préjugés » qui se fondent sur une stigmatisation consciente ou inconsciente des personnes, et qui ont encore malheureusement la vie dure. Ce sont ces représentations négatives qui menacent plus que jamais aujourd’hui le vivre ensemble comme la mixité sociale. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’ignorer, qu’un grand nombre d’entreprises ne respectent pas l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés.

Comme il n’est plus possible d’ignorer, après plusieurs décennies de politiques dites d’intégration, les discriminations que subissent de nombreuses personnes sont aussi dues pour partie aux choix idéologiques inacceptables de notre gouvernement qui à réduit de façon drastique les moyens dédiés à la politique de la ville et à la cohésion sociale, ou encore de maires qui refusent d’appliquer la loi SRU au point que la mixité sociale (doux euphémisme pour ne pas dire mixité ethnique) soit devenue une illusion d’optique. Aujourd’hui, nous savons l’effet de ces politiques : des « territoires d’exception durable » (Daniel Behar) ou ZUS qui traînent depuis des décennies des indicateurs sociaux alarmistes avec par exemple 40% de jeunes en moyenne qui sont sans emploi !

 

Cette commission extrarégionale de lutte contre les discriminations aura une mission d’importance. Au-delà des objectifs qui seront les siens, cette commission, de par la diversité des acteurs qui la composent, et à partir des nombreuses actions conduites sur la Région, doit être un réel outil de réflexion critique au service de nos politiques régionales certes, mais aussi au service des autres collectivités publiques.

Elle permettra, nous le souhaitons, de :

-mieux connaître les situations de discrimination (dans leur diversité de critères) et de production des inégalités et d’exclusion (dans l’accès à l‘emploi, au logement, à la formation, à l’éducation, à la culture, aux loisirs, mais aussi inégalités d’accès dans les instances de décision et de gouvernance entreprenariales, associatives…) ; 

– cette commission permettra ainsi d’inscrire au cœur d’un débat éthique, et sans tabous, les questions sociales, sensibles certes, qu’il nous faudra aborder pour mieux saisir la façon dont se construisent les préjugés.

Cette démarche portée par le CRRA permettra sans doute de renforcer, de faire évoluer notre politique régionale transversale de lutte contre toutes les formes de discriminations, en activant les leviers qui peuvent enrayer les processus de discrimination, dans tous les domaines concernés. En premier lieu, il est nécessaire que nous engagions un réel travail de formation des agents, des élus sur les enjeux et objectifs de la LCD. Ce dispositif avait été mis en place dans la précédente mandature mais force est de constater qu’il mériterait d’être renforcé.

Enfin, cette démarche globale n’aura de sens que si elle s’articule à une véritable politique de lutte contre les préjugés par l’éducation à la citoyenneté et au vivre ensemble dans le respect des différences, et quelles que soient ces différences.

Quelques jours après un certain débat national qui succédait à un autre débat national, nous avons un défi important à relever, pour toutes celles et ceux convaincus que nous sommes – pour une majorité d’entre nous-, qu’« on ne fait pas une cité à partir d’hommes semblables » (pour reprendre Aristote).

 

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