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Made in Sud-Ouest : un enjeu de la responsabilité sociale des entreprises, intervie de Guilhem Latrubesse

 
Le débat consacré le 10 février au « Made in Sud-Ouest : un enjeu de la responsabilité sociale des entreprises », et organisé par la CCIR, sera l’occasion pour Guilhem Latrubesse, conseiller régional de Midi-Pyrénées délégué à la culture occitane, de faire la démonstration du bien-fondé social et économique d’un Made in Oc.

Dans ce débat il sera question du Développement durable et de ses obligations de circuit court. Est-ce là une opportunité que le Développement durable, pour faire valoir la réunion de l’économie et de l’occitan ?

Le développement durable repose sur trois piliers : écologique, économique et social. Comment peut-on promouvoir la diversité biologique sans prendre en compte la diversité culturelle ? Comment peut-on satisfaire les besoins des citoyens sans prendre en compte leur identité culturelle ? Comment peut-on développer des circuits courts sans développer un vivre-ensemble, une communauté d’intérêt ? L’occitan se retrouve donc dans les réponses.

Pourquoi et comment la région s’investit-elle dans cette production de produits du terroir ? La région seule ne peut porter cette ambition, de quels autres acteurs avez-vous besoin ?
La région se pose plutôt comme la coordinatrice d’initiatives prises coté public ou privés. Nous travaillons avec certains départements, notamment le Tarn, le Gers et les Hautes-Pyrénées qui ont engagés une réflexion sur cette thématique, mais aussi les chambres consulaires, comme la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie qui est associée à la démarche.

Combien d’entreprises, et dans quels secteurs, ont aujourd’hui misé sur cet ancrage occitan ?
La seule initiative connue et reconnue est le label « Oc per l’occitan » qui regroupe près de 300 structures. Mais beaucoup d’autres, comme Monsieur Jourdain, valorisent leurs productions en s’appuyant sur l’identité occitane sans rentrer pour autant dans un réseau ou une réflexion collective. Pour autant, ces entreprises seraient intéressées pour partager leur expérience et mutualiser des moyens de communication.

Quels sont vos projets pour mener à bien cette conquête économique territoriale ?
Dans un premier temps, nous avons mesuré – enquêtes statistiques et sur le terrain – et expérimenté – présence de la langue et de la culture occitane dans des salons alimentaires ou du tourisme. Dans un deuxième temps, nous définirons en cours d’année un plan d’action sur le tourisme et l’agro-alimentaire.

Vous avez aussi lors d’une table ronde sur la thématique occitan et économie, rassemblé des entrepreneurs bretons, pourquoi ?
Si les bretons, les basques, les corses font la promotion de leur produit en s’appuyant sur leur identité, pourquoi ne pourrions pas faire de même en Midi-Pyrénées ? La marque Produit en Bretagne est en ce sens un cas d’école : elle rassemble plus de 250 entreprises, près de 100 000 salariés, avec un taux de notoriété de près de 95%. Qui ne rêverait pas de la même chose pour « Produit Occitan » ! Créé dans les années 90 pour trouver des nouveaux marchés à l’export, la marque se concentre aujourd’hui à relocaliser l’économie, développer les circuits courts, répondant ainsi aux nouveaux besoins des consommateurs. Les symboles et la langue bretonne sont dès lors beaucoup plus utilisés pour afficher une spécificité et renforcer l’identité locale.

Il y a aussi l’exemple de la marque Pays Basque ?
Pour le Pays Basque, la démarche a été un peu différente. Partie de la CCI, la réflexion a mobilisé deux clusters, celui de l’agro-alimentaire et celui du tourisme. Une marque territoriale devrait voir le jour en 2012.

Il faudrait donc ne pas chercher ailleurs ce que l’on a chez nous… ?
Inutile de balayer le passé, de faire table rase. Mais utiliser l’existant, s’y reconnecter, et ne pas faire de culture hors-sol. On peut exister par nous-même, notre langue et notre identité sont reconnues et perçues très positivement, elles peuvent porter des projets.

Vous faites référence à l’étude socio-linguistique régionale sur la représentation de l’occitan ?
Deux études ont été réalisées par la région Midi-Pyrénées. La première, commandée en 2006 par le comité régional du tourisme, indiquait que devant Toulouse et Airbus, la croix occitane était le symbole le plus connu et reconnu des habitants et des touristes. La deuxième, réalisée en 2010 pour la région, précise que plus de 89% de midi-pyrénéens trouvent intéressant de valoriser la langue ou les symboles occitans sur les produits régionaux.

Où en est la charte de coopération inter-régionale ? Quels seront ses effets sur une économie occitane ?
La charte de coopération inter-régionale est signée à ce jour par 4 régions – Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Limousin, Midi-Pyrénées. Rhône-Alpes devrait rapidement rejoindre ce quatuor, ainsi que la Généralité de Catalogne. C’est un axe stratégique, car en plus des 15 millions de personnes vivant sur les régions occitanes, la catalogne, avec plus de 8 millions d’habitants, représente un fort potentiel pour les langues cousines que sont l’occitan et le catalan.

Propos recueillis par Virginie Mailles Viard

 

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