Quelques éléments pour éclairer notre volonté de développer l’économie circulaire en Aquitaine

Par Martine Alcorta

La raison source à nos yeux est celle de la raréfaction des ressources et la progression de l’impact environnemental que la production de richesses fait subir à la nature. 80% des ressources naturelles sont consommées par 20% de la population. Si les populations chinoises, indiennes, russes accèdent aux standards de la vie industrialisée, l’équation devient impossible. Or tous les peuples ont droit à un confort de vie. Comment concilier économie et écologie, voilà la question posée par l’économie circulaire ? L’économie productiviste, c’est l’économie sans l’écologie, c’est une production rectiligne qui va puiser indéfiniment dans la nature ses besoins de matières premières et n’envisage le cycle de vie d’un produit que sous une vision linéaire du berceau à la tombe, de l’extraction au cimetière à déchets.

Une deuxième raison pour soutenir l’économie circulaire touche à la question de la compétitivité des entreprises. La course à la compétitivité dans une économie mondialisée nous a entrainés dans des dynamiques de dumping social et écologique qui sont incompatibles avec la durabilité de la planète et le bien être des populations. La compétitivité par la baisse des couts sociaux et des exigences environnementales est une ineptie.

L’économie circulaire est une solution à la compétitivité car elle permet d’abaisser le cout des ressources sans aggraver leur pénurie. Comment ? Tout simplement parce que les déchets d’une industrie peuvent devenir les ressources d’une autre. Le port de Kalundborg au Danemark en est une illustration remarquable. Une centrale électrique vend de la vapeur à la raffinerie voisine qui lui vend en retour ses eaux usées qui lui servent de refroidissement ; L’eau tiède rejetée par la centrale est utilisée par une ferme piscicole… Au total, 26 contrats d’échanges de matières, eau, énergie pour une réduction conséquente des émissions de gaz à effet de serre mais aussi des couts de production !

L’économie circulaire est un développement de filières industrielles pensé à l’échelle d’un territoire. La compétitivité ne s’évalue pas au niveau d’une entreprise mais d’un réseau d’entreprises situées sur un même territoire. Économie rime alors avec projets de territoires, nous sommes dans une double compétence de la région. L’économie circulaire ce n’est pas seulement du recyclage c’est de la régénération des ressources. C’est la raison pour laquelle on utilise aussi l’expression « craddle to craddle » ou en français «du berceau au berceau» parce qu’elle permet de donner aux matières premières une deuxième naissance alors qu’elles ont déjà subi une première transformation.

En 2010, 65 milliards de tonnes de matières premières ont été injectées dans l’économie, on prévoit que ce chiffre augmentera jusqu’à 82 milliards en 2020. L’économie circulaire a aussi son corollaire financier. La financiarisation circulaire est une finance dont les profits reviennent alimenter la production réelle. Or aujourd’hui 98% de la finance mondiale circule sans servir nos outils de production, seuls 2% vont à l’économie réelle.

La linéarité de notre économie et de nos finances mondiales ressemble à une fuite en avant. Alors que la nature et ses écosystèmes nous montrent que la vie est un équilibre qui repose sur l’interdépendance, la circularité et la solidarité des matières, « Rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme » disait le physicien, l’homme crée le déchet et joue avec l’épuisement des ressources.

Produire de la richesse sans détruire le vivant, vous l’aurez compris, c’est le principe de base de l’économie circulaire.

 

 

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