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Pourquoi les écologistes ne fêtent pas le « new » CETA ?

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Le hasard du calendrier a fait que le jour même où Trudeau arrivait chez nous, je m’envolais vers son beau pays de l’érable, du caribou et de la poutine. Arrivé sur place pour participer à un colloque de l’Unesco sur le radicalisme, je me demandais comment les Québécois pouvaient comprendre l’épisode wallon du fameux traité. La première réaction sera celle d’un taximan. « Vous venez de Wallonie ? Chez Magnette ? » nous lance-t-il avec un grand sourire. « Non, non, moi je viens d’Ixelles, de chez moi… ». Visiblement, une chose est sûre. Magnette est aujourd’hui connu outre-atlantique et les Québécois situent mieux où se trouve la Wallonie. La deuxième épreuve test est plus importante. Nous sommes invités à monter à la tribune du Parlement du Québec pour être salués par le Président de l’Assemblée. Et là, il n’y a plus beaucoup de doute. Les mots de Jacques Chagnon à son homologue Philippe Courard ne supportent aucune équivoque. « Je veux particulièrement rendre hommage à un grand ami du Québec qui a tout fait pour que le traité du CETA soit adopté… ». Applaudissements nourris des parlementaires debout.

Alors, quelle est la portée du travail réalisé par le « nouveau héros international de la lutte contre le libre-échange », le « patron du NON au CETA » ? Avant de répondre à cette question, revenons un peu en arrière.

Quand les écologistes commencent à interpeller le gouvernement wallon il y a près de deux ans, personne ne veut vraiment s’attarder sur ces traités. Nous demandons des auditions, de ne pas donner de mandat libre au fédéral pour négocier à notre place, de résister. Il faut un temps certain pour faire accepter que ce traité ne soit pas adopté à la va-vite comme tous les autres traités internationaux. A l’époque, il faut se battre pour trouver un média qui accepte de parler de ça.

Ce traité est préparé depuis de très nombreuses années. Le Canada y tient énormément. Il en va de sa multipolarité et de sa volonté quasi permanente de se désétatsuniser. Du côté européen, malgré des revers à tous les étages, la foi envers le libre-marché est toujours dominante dans tous les cercles qui négocient au nom de l’Europe. CETA avec le Canada, TTIP ou TAFTA avec les Etats-Unis. Stratégiquement, ils savent qu’il est préférable d’avancer d’abord avec le volet canadien. Ce sont « nos amis », ils sont « presque comme nous », ils n’ont pas la réputation ultra-libérale qu’ont les Ricains. Ce n’est pas pour rien que les associations et les syndicats qui essaient de mobiliser contre ces accords disent que le CETA est le « cheval de Troie » du TTIP. Pour deux raisons, et la deuxième est à mes yeux la plus importante. La première est que les entreprises US pourraient créer des filiales canadiennes pour bénéficier des mêmes avantages même sans accord spécifique avec les E-U. Les négociations ont semble-t-il mis une parade à ce risque. La deuxième est que si le CETA est adopté, alors il n’y aurait pas beaucoup d’arguments pour refuser le TTIP. Et là, je propose de se souvenir de cette phrase de Magnette le jour des votes au Parlement wallon. C’est celle qui m’a en fait le plus choqué. Il nous a dit qu’avec l’adoption du « new » CETA (bravo pour la com), c’était la mort du TTIP. Vraiment ? Je parie un ouzo avec meze qu’il ne faudra pas attendre longtemps pour entendre le PS parler de new TTIP. Le cheval de Troie il est là. Ils vont prendre les « avancées » du CETA pour nous vendre une « nouvelle » version du TTIP. Plus ils disent que le new CETA est un traité de nouvelle génération, historique, moderne et progressiste, plus ils déroulent en fait un tapis au TTIP.

Alors, la mobilisation et les négociations n’ont servi à rien ? Il faudra des années pour évaluer ça sur le plan juridique. Sur le plan politique, reconnaissons que cette tension et cette résistance nous ont fait du bien et ont créé un peu d’espoir. Reconnaissons aussi que les changements apportés dans les textes annexes au traité vont dans la bonne direction. Mais tout ceci fait-il du CETA un bon traité? Cela en fait-il un traité qui va améliorer la vie de nos citoyens, de nos PME, de nos agricultrices, de nos agriculteurs? de nos économies locales? Non. Ce dont l’Europe a besoin le plus aujourd’hui ce n’est pas d’un grand marché qui s’élargit encore plus vers le Canada ou les Etats-Unis. La Région wallonne aura été valeureuse pendant deux semaines, mais elle aurait pu faire un autre usage de son pouvoir. En faisant valoir qu’elle avait son mot à dire, y compris en allant jusqu’à dire non, il nous semble qu’elle aurait pu mettre cette force au service d’une Europe plus sociale, plus écologique et plus humaine et montrer qu’il doit y avoir justement une alternative réelle à ce fameux TINA (there is no alternative) qui a une nouvelle fois gagné grâce au retour dans leur camp des socialistes et des sociaux-démocrates wallons aux côtés de leurs collègues européens.

Christos DOULKERIDIS
Député ECOLO
Parlement bruxellois
Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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