LES ENJEUX ACTUELS


Photo Imazpress
Les dix prochaines années vont être déterminantes pour la planète car la croissance des pays émergents va se poursuivre à un rythme soutenu et, on le sait, les prix de l’énergie vont continuer à flamber du fait même de cette croissance et de la hausse de la demande dans un contexte de raréfaction des ressources et de hausse des coûts d’exploitation. D’autre part, on le sait aussi, la hausse des prix des principales matières premières alimentaires et agricoles est amenée à se poursuivre au cours des dix prochaines années (prévision de la FAO).
C’est donc «la décennie de tous les dangers » pour la planète mais aussi et a fortiori pour La Réunion qui est étroitement dépendante des importations de ressources fossiles et de matières premières. Les crises qui affectent l’économie mondiale se traduisent sur notre île par des convulsions violentes comme on a pu le constater avec les dernières émeutes que personne n’avait vu venir et dont le point de départ fut la réaction de la corporation des transporteurs face à une augmentation du prix des carburants parfaitement prévisible. En revendiquant une baisse de 25 cts et en bloquant les routes, les transporteurs et leurs alliés ont involontairement déclenché un mouvement qui a débouché sur la violence dans les quartiers défavorisés. Les comportements des divers acteurs, transporteurs, certaines associations et élus, montrent leur profonde incompréhension des risques liés à l’état de dépendance de La Réunion, dépendance énergétique (une véritable addiction au pétrole) mais aussi aux transferts publics.
Le mode de développement adopté il y a quelques décennies par La Réunion a, certes, provoqué une hausse du niveau de vie global des Réunionnais, mais il n’a en rien réglé le problème de la très grande précarité d’une large fraction de la population et il produit désormais des effets de plus en plus destructeurs : dissolution des liens sociaux, consumérisme outrancier pour une fraction de la population, accumulation de déchets, pollutions, nuisances, atteintes à la santé, à la biodiversité, gaspillage énergétique, embouteillages récurrents, insécurité, dégradation de la qualité de vie, etc. Les milliards d’euros dépensés au titre des dispositifs de défiscalisation et d’exonération de charges ont eu un impact négligeable sur l’emploi. Ce modèle de développement économique est en faillite mais nul, à La Réunion, ne le remet ouvertement en cause. Notre île est aujourd’hui en état d’addiction généralisée, un phénomène qui affecte les transporteurs, les usagers mais aussi les collectivités qui trouvent dans la fiscalité sur les carburants une manne (230 millions d’euros) nécessaire à leur développement et à leur fonctionnement. Le pétrole coule littéralement dans les veines de la société réunionnaise.
La Réunion est aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle atteindra le million d’habitants à l’horizon 2030, elle supporte toujours un chômage massif, près de 30 % de sa population vit des minima sociaux et elle doit aussi se préparer à relever un certain nombre de défis politiques, économiques et environnementaux, majeurs : une réforme annoncée de la PAC, l’échéance en 2014 de l’actuel Règlement sucrier, la menace de réduction probable des aides européennes, l’accentuation des effets de la mondialisation avec la mise en place des Accords de Partenariat Economique, la flambée du cours des matières premières etc. C’est dans ce contexte qu’a éclaté la crise des carburants. Qu’en est-il des grands projets réunionnais ? Quid de « GERRI-Réunion 2030 » initié par l’Etat ? Quid de « La Réunion Île Verte » portée par le patronat local ? Quid du plan « « VERT » (Véhicules Electriques pour une Réunion Technologique) lancé par Nicolas Sarkozy en janvier 2010 ?
Tous ces projets convergents suscitaient un certain nombre d’interrogations sur leur faisabilité et surtout sur leur financement. Ils ont été initiés à une époque où le taux de croissance du PIB de La Réunion tournait autour de 5 % par an et relevaient tous d’une conception économique de type productiviste qui a fait la preuve de son échec. Aujourd’hui la croissance est en berne, des secteurs économiques sont sinistrés et l’Etat s’est engagé dans une politique d’austérité budgétaire qui prive les Régions et les collectivités de marges de manœuvres.
Notre objectif est de bâtir une Réunion écologique, sociale et solidaire. Donc de faire décroître l’empreinte écologique que nous imposons à notre éco système tropical insulaire, ce qui suppose la remise en cause du modèle économique. Faire décroître l’empreinte écologique, c’est faire décroître les inégalités.
C’est par exemple, réduire la pression du tout automobile en construisant un service public de transport en commun sur rail performant. En moyenne, un véhicule coûte 4000 euros par an à son usager. Les experts ont calculé que le coût d’usage de l’automobile individuelle est de 23 cts d’euro par km alors qu’il n’est que de 9 cts pour le TER. Proposer un transport en commun moderne, ponctuel et efficace, c’est contribuer à redonner du pouvoir d’achat à ceux qui sont dépendants de leurs véhicules. C’est pourquoi il faut rappeler que la NRL va au contraire renforcer la pression du tout automobile.
C’est réduire notre dépendance au pétrole mais il faut rappeler que l’autonomie énergétique est un objectif qui à l’heure actuelle s’éloigne avec notamment la nouvelle centrale au fioul du Port et les coups portés à la filière photovoltaïque.
C’est favoriser l’autonomie alimentaire. Mais il faut rappeler que depuis que l’industrie sucrière réunionnaise a été vendue, plus de 70 % des terres arables sont contrôlées par le groupe TEREOS Internacional. Bref, l’écologie suppose des choix en rupture avec ce qui se fait depuis des années.