Rencontre avec Reza Jafari, porte-parole des exilé·e·s afghan·e·s

En mars, Mounir Satouri rencontrait Reza Jafari, porte-parole des exilé·e·s afghan·e·s : l’opportunité d’échanges riches sur le parcours des exilé.e.s afghan.e.s comme sur les solutions pour un accueil digne des valeurs de l’Union européenne et de la France. Une rencontre qui a également été l’occasion d’un entretien avec les réfugié·e·s afghan·e·s du camp de Ritsona, au Nord d’Athènes. 

Source: Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

Reza Jafari partage son parcours… 

Si Reza Jafari est né en Afghanistan, il a néanmoins grandi en Iran où ses parents ont fui alors qu’il n’était encore qu’un bébé. Après le décès de ses parents, il se retrouve seul confronté au racisme et à la violence et décide de fuir l’Iran à l’âge de 14 ans. Un passeur lui permet de franchir la frontière turque. Il rejoint alors la Grèce puis l’Italie et la France. Pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, il obtient la nationalité française à sa majorité. 

… mais aussi son engagement en Afghanistan…

Un temps de retour en Afghanistan, il s’intéresse particulièrement à la situation des jeunes et monte un projet de rencontre d’enfants du monde entier en 2013. La multiplicité des ethnies rend compliqué son travail comme le morcellement du pays géré par les chefs de guerre. Rien ne le décourage cependant: en 2016, il crée un centre pour l’accompagnement des personnes traumatisées, notamment des victimes de tortures. Il crée également une école mixte dans un sous-sol de la banlieue de Kaboul accueillant jusqu’à 500 élèves ; filles comme garçons en journée et adultes en cours du soir. Infatigable, il ouvre en collaboration avec Parcours d’Exil, un centre de soin. Son constat est sévère sur l’ampleur du syndrome de stress post-traumatique au sein de la population. Il y a urgence à répondre aux besoins en matière de santé mentale. Il y aurait autour de 10 000 réfugié·e·s afghan·e·s dans les états de l’Union européenne mais la totalité de la diaspora afghane en Europe s’élèverait à 200 à 250 000 personnes (on estime la population en Afghanistan à environ 38 millions de personnes).

…. et sa détermination en région parisienne

En 2018, il ouvre en région parisienne un accompagnement pour les mineur·e·s non accompagné·e·s (MNA) non reconnu·e·s mineur·e·s et obtient un financement de 100 000 € de la Mairie de Paris. Il s’agit de la mise à disposition de deux appartements et de l’accompagnement d’une juriste. Le dispositif d’évaluation des mineur·e·s isolé·e·s étranger·e·s (DEMIE), géré par la Croix Rouge, a tendance à refuser la minorité de nombreux·ses exilé·e·s en rejetant des documents pourtant officiels. Sa prise en charge est utile et change l’issue de nombreux recours reconnaissant la minorité des jeunes concernés. Engagé, déterminé et militant, il est présent sur de nombreuses occupations, notamment de l’Hôtel Dieu après l’occupation de Saint-Denis.

Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans son action. Contacté par ce biais, il peut anticiper l’arrivée de demandeurs d’asile et prévoir des abris de fortune nécessaires. Il organise leur arrivée mais prend aussi régulièrement en charge directement des personnes en situation de rue. Des groupes de messagerie instantanée sont utilisés pour le suivi avec d’autres associations comme Utopia 56. 

Suivez les actions prévues le 27 mars 2021 à l’occasion de la Journée européenne d’actions pour le logement, avec le collectif Réquisitions pour exiger des hébergements dignes avec notamment distribution de tracts rappelant l’interdiction d’expulser durant la trêve hivernale et les numéros utiles en cas de problèmes.

Témoignage en direct du camp de Ritsona (Nord d’Athènes-Grèce)

Au cours de la réunion, le contact est établi avec le Camp de Ristona pour faire le point sur la mobilisation des demandeurs d’asile en Grèce pour faire valoir leurs droits. Une énième démonstration des violations des droits humains commises au nom de la politique migratoire européenne avec l’enfermement comme seul mode de gestion. 

Le camp de Ritsona compte 1 500 Afghan·e·s et 270 familles. Seules deux associations entrent sur le camp à défaut de l’accord du Gouvernement pour laisser entrer d’autres acteurs associatifs. Situation humanitaire inhumaine et indigne et situation de précarité administrative durent pour certaines personnes depuis des années sans aucune considération des autorités. Des vies dans l’impasse, en violation absolue du droit international et des droits de l’Homme. 

La mobilisation est récente : elle prend de l’ampleur et les autorités mobilisent les forces de l’ordre en retour. Des  lacrymogènes ont été utilisés et la violence est palpable. Quelques personnes ont néanmoins réussi à obtenir un premier rendez-vous dans le cadre de leur demande d’asile mais trop souvent, un rejet intervient avant même l’entretien pour traiter la demande.

Les personnes présentes au camp de Ritsona viennent pour beaucoup du camp de Moria et peuvent être considérées comme particulièrement vulnérables (personnes âgées, en situation de handicap, malades, femmes enceintes, etc.). Lorsqu’ils sont appelés, les secours mettent du temps à arriver et des personnes sont décédées ou ont perdu leurs bébés. 

Le défaut de perspective, le manque d’activité et l’enfermement impactent également gravement la santé mentale des personnes, déjà laissées seules face à leurs traumatismes. Loin de pointer du doigt les seules autorités grecques, c’est la responsabilité de l’ensemble des Etats membres et des institutions européennes qui doit être mise en cause. Seul un changement dans la politique migratoire européenne et la solidarité entre États membres apporteront des solutions efficaces et respectueuses de nos valeurs et de notre humanité.

https://www.greens-efa.eu/en/article/document/the-crucial-role-of-third-country-migrant-workers-in-the-european-union-8867/Retrouvez cet article sur Twitter : https://twitter.com/MounirSatouri/status/1370369836371546113?s=20

Mounir Satouri

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