Agenda 21 – Commission Culture https://culture.eelv.fr Site Officiel de la Commission Culture EELV Fri, 23 Sep 2016 11:46:57 +0200 fr-FR hourly 1 Réponse d’Eva Joly à la FNCC https://culture.eelv.fr/2012/04/14/reponse-deva-joly-a-la-fncc/ Sat, 14 Apr 2012 09:11:33 +0000 http://culture.eelv.fr/?p=3281 Réponse à Philippe Laurent, Président de la FNCC, 15 questions aux candidats à la présidentielle. ...]]>

Réponse à Philippe Laurent, Président de la FNCC,

15 questions aux candidats à la présidentielle.

 

 

Monsieur le Président,

Je vous remercie de m’avoir fait parvenir le questionnaire de la Fédération Nationale des Collectivités Territoriales pour la Culture, et vous prie de trouver ci-dessous mes réponses.

 

1. La culture s’entend de bien des manières. pour certains, c’est la diversité des expressions artistiques et la multiplicité des cultures. pour d’autres, c’est avant tout l’identité de la nation, le socle des valeurs partagées. pour vous ?

La culture est un élément consubstantiel du projet écologiste. C’est aussi la condition sine qua non pour reconquérir la confiance des citoyens et « faire société », alors que la mondialisation culturelle attise les crispations identitaires et encourage la consommation effrénée de biens culturels standardisés.

Face à l’illusion d’un consensus sur la culture, quelle est la réalité d’aujourd’hui? La médiation est maltraitée au point que des pans entiers s’effondrent, la création voit ses moyens amputés, les industries culturelles façonnent des contenus aseptisés et la diversité s’épuise…

L’écologie, qui interroge la place de l’homme dans la nature, et les rapports des hommes entre eux, pose des questions profondément culturelles, et apporte ses réponses: l’interdépendance, l’indispensable diversité, le bonheur et la fécondité de l’échange, de la transmission, de l’oeuvre collective.

 

2. Démocratisation culturelle ou démocratie culturelle, culture pour chacun ou culture pour tous… Quel doit être le principe premier de la politique culturelle ?

Une politique culturelle aujourd’hui ne peut plus être soumise à l’obsession de « l’excellence » et du
« rayonnement » de quelques artistes ou intellectuels éclairants et guidant le peuple dans l’obscurité !

Il faut fonder une politique pour la création et l’action culturelle réellement inclusive: qui permette aux personnes, quel que soit le genre ou l’origine, de bénéficier d’une éducation artistique dès le plus jeune âge et qui propose aux citoyens dans leur diversité de (re)devenir acteurs du champ culturel.

Il faut redonner à tous et toutes la capacité d’émerveillement et de curiosité au monde qui garantie notre capacité à vivre ensemble et à nous émanciper des discours d’exclusion et de repli sur soi.

Musées et salles ne désemplissent pas, mais accueillent toujours les mêmes publics. En matière de diversité culturelle, il ne faut pas se payer de mots, et commencer par donner l’exemple dans les quartiers et banlieues, dont on refuse d’entendre les potentiels et les aspirations.

Mettons en débat un Agenda 21 de la culture afin de développer la diversité culturelle et permettre de co-construire les politiques culturelles avec la société civile.

 

3. La culture, c’est à la fois les pratiques en amateur et la création artistique professionnelle – notamment dans le spectacle vivant –, la vie associative et les industries culturelles. Comment articuler les deux aspects ?

Pour cela, les mutations économiques doivent avant tout permettre de pérenniser l’emploi culturel par une interrogation positive et partagée des dispositifs de l’intermittence et des droits d’auteurs.

Il est en même temps indispensable de favoriser des écosystèmes culturels équilibrés, permettant aux émergences artistiques et aux nouvelles pratiques culturelles de s’épanouir en répartissant plus équitablement les ressources publiques pour la culture.

Pour encourager une économie équitable des arts et de la culture, on peut s’appuyer sur :

  • la création d’un fonds de développement du tiers secteur culturel, qui permettra l’émergence et la pérennisation des pratiques vertueuses des associations culturelles, des SCIC, SCOP et autres unions d’économie sociale ;
  • un versement des subventions radicalement accéléré, de manière à faire disparaître le syndrome de la double peine pour les structures culturelles.

Les industries culturelles ne doivent être soutenues par la puissance publique que dans la mesure que celle-ci participent à la production de bien commun, d’utilité publique et culturelle et qu’elles s’inscrivent dans une interdépendance respectueuse avec la création indépendante, les pratiques amateurs, le tiers secteur culturel.

Il n’est plus possible d’accepter que de grands groupes s’arrogent de manière exclusive la diffusion et la distribution des oeuvres sans compensation pour les artistes ou les citoyens.

Les collectivités locales ont en cela une grande responsabilité et doivent arbitrer leurs éventuels soutiens en regardant la production de richesses culturelle sur le temps long, et non pas sur de l’événementiel sans lendemain.

 

4. Le développement de l’éducation artistique et culturelle à l’école est considéré unanimement comme une nécessité. est-ce l’outil premier d’une politique culturelle ?

Le développement de l’éducation culturelle et artistique dès le plus jeune âge, et donc à l’école, est une nécessité pour l’individu comme pour la qualité de la société. Maîtriser une multitude de modes d’expression est une véritable condition de l’épanouissement de chacun et va aider à construire une société riche en possibilité et capable d’empathie.

Cette éducation est donc un maillon décisif de la politique culturelle et l’on peut la renforce suivant deux axes:

  • réinventer un Ministère de la Culture, des Medias et l’Education populaire ;
  • développer l’éducation artistique de l’école maternelle à l’université, y compris dans les cursus « manuels » ou professionnalisant, avec de véritables moyens dédiés, consacrant une autonomie des équipes éducatives dans le choix des projets et de véritables résidences artistiques pour les équipes associées.

 

5 . Les collectivités territoriales sont aujourd’hui les premiers financeurs de politiques culturelles publiques. Comment envisagez- vous l’avenir de la décentralisation culturelle et la coopération entre les collectivités et l’Etat ?

La rue de Valois ne paye plus, a érodé les forces vives de ses DRACs, confond industries culturelles et culture… La page doit se tourner, pour l’instauration d’une véritable politique publique. L’Etat doit rester le garant de la diversité culturelle comme de la bonne irrigation de tous les territoires.

L’Etat doit commencer par rééquilibrer ses subventions en faveur des Régions par rapport à l’Ile de France, abandonner les projets pharaoniques notamment sur Paris qui siphonnent les moyens en fonctionnement sur la durée et délocaliser les moyens des établissements publics culturels nationaux au service des territoires locaux.

Il faut ensuite ouvrir une nouvelle étape de la décentralisation culturelle, en inscrivant la culture comme clause de compétence obligatoire dans la réforme des collectivités territoriales, mais en imaginant une répartition juste et partagée des attributions entre les différents niveaux, qui auraient la liberté de s’organiser librement à la suite d’assises territoriales de la culture dans chaque région ou bassin régional.

Cela pourrait par exemple signifier:

  • Aux territoires locaux, l’expérimentation et les pratiques, l’éducation et l’enseignement artistique, l’aménagement du territoire, le soutien à l’émergence et aux pratiques amateurs…
  • A l’Etat, appuyé par les régions, la garantie de la transversalité et de l’équité des politiques culturelles, le financement de la conservation et de la diffusion du patrimoine culturel et de la création vivante, la protection du droit des artistes et la redistribution des investissements vers les esthétiques les plus fragiles, la protection des travailleurs culturels…
  • A l’Europe, la consolidation des Réseaux et des synergies, le soutien à la recherche, la mise en place d’un Erasmus Culturel, le soutien aux économies culturelles européennes et à la coopération interrégionale.

Enfin, il est nécessaire de renforcer la déconcentration et le rôle des DRACs pour mieux accompagner la décentralisation et le transfert des compétences.

 

6 . Nous vivons une profonde crise économique et financière. Dans ce contexte, comment justifier la dépense publique nationale en faveur de la culture ? Quelles seraient vos orientations budgétaires et fiscales ?

La culture fait société. Cette dépense publique, souvent variable d’ajustement, est pourtant la dernière qu’il faut toucher en temps de crise, car elle tisse du lien et permet de s’exprimer autrement que par la violence. Nous entrons dans des mutations profondes qui vont mobiliser nos ressources de réflexion, d’innovation, de tolérance.

Plus que jamais la culture doit trouver des soutiens qui ne sauraient se limiter à une dotation financière en faveur de grandes institutions… Il est tout à fait possible d’arbitrer en faveur de la culture, il s’agit avant d’une question de volonté politique.

Il faut mettre sur pied une grande réforme de la fiscalité de l’art, qui favoriserait l’acquisition d’oeuvres d’artistes vivants, tout en taxant la spéculation sur les oeuvres d’art dans le circuit national et international. Le produit de cette taxe serait reversé à un fonds social de garantie à destination des artistes.

Au delà, il faut lancer une mission nationale pour l’émergence de nouveaux indicateurs économiques et une fiscalité plus juste sur l’ensemble des champs culturels.

 

7. Patrimoine. Quel avenir réservez-vous au patrimoine bâti protégé au moment où l’Etat et les collectivités territoriales s’en dégagent ?

En préambule, je veux réaffirmer l’inaliénabilité du classement et de l’inscription des monuments historiques, et continuer l’inventaire des oeuvres architecturales, urbaines et paysagères sur l’ensemble du territoire français, y compris dans les Outres-Mers.

Un grand chantier de concertation avec les collectivités locales doit pouvoir être mené afin de mettre en cohérence les exigences de protection du patrimoine et celles liées a l’inéluctable crise énergétique mondiale à laquelle nous allons être confronté.

Cela nécessite dès à présent l’isolation thermique massive des immeubles anciens, et la mise en place d’alternative à la production d’énergie, si l’on ne veut pas voir se vider de ses habitants l’ensemble des centres-anciens de nos villes et villages. Il est possible de concilier les deux si tout le monde est autour de la table et c’est un enjeu à ne pas sous-estimer dans notre pays.

Le patrimoine protégé doit donc pouvoir continuer à bénéficier de moyens à la hauteur de l’exceptionnelle richesse française, prioritairement en provenance de l’Etat.

Les ZPPAUP doivent pouvoir être automatiquement transformées en AVAP, la caducité décrétée par le grenelle 2 des ZPPAUP a généré une zone dans les règlements d’urbanisme et impliquent des coûts supplémentaires pour les petites communes qui en avaient mis en oeuvre.

Des études patrimoniales doivent par ailleurs être systématiquement menées sur les architectures industrielles en déshérence, les architectures vernaculaires et les ensembles paysagers ceci afin de conserver la mémoire d’un patrimoine d’une très grande valeur historique et cognitive pour notre société, notamment dans des régions ayant subi une très douloureuse désindustrialisation ou un exode rural massif.

 

8. Cinéma. Face à l’émergence du ‘‘hors-film” permise par la mutation numérique, comment appréhender la probable transformation des écrans de cinéma en simples écrans aptes à diffuser des contenus non exclusivement cinématographiques (sport, spectacle vivant…)

Les cinémas, particulièrement en région et dans les zones rurales, voient leurs écrans progressivement squattés par des contenus non-cinématographiques.

C’est la conséquence d’un abandon progressif par l’Etat et les collectivités de la question de l’aménagement culturel territorial, mais également d’erreurs graves d’investissement sur un certain nombre de salles vers du numérique surdimensionné et la 3D… Il faut donc rentabiliser ces équipements par de l’événementiel, qui prend le pas sur la diffusion d’oeuvres de cinéma.

Il faut se poser la question de la manière dont les collectivités sont en train de gérer ce passage au numérique. De grands chantiers de rénovation sont à l’oeuvre :

Pourquoi ne pas en profiter pour mobiliser le CNC sur des travaux d’accessibilité aux handicapés? Quid des bobines qui ne seront jamais numérisées et représentent un précieux patrimoine? Le passage au numérique signifie-t-il la dématérialisation du transfert des données ou une plus grande facilité à accéder à tous les films, plus rapidement ?

A cette dernière question, on est bien obligé de constater que non. Une fois de plus, l’innovation technique montre qu’elle n’est pas neutre en matière de culture et surtout, si ces innovations peuvent être un moyen, elles ne sont jamais une fin en soi.

Il faut donc garder aux cinémas leur fonction première : diffuser des oeuvres de cinéma !

Mais pour cela le CNC doit, en coordination avec les agences régionales de soutien au cinéma, accompagner les collectivités qui sont souvient bien seules pour prendre des décisions aux conséquences définitives, et soutenir les cinémas de 3 écrans ou moins à l’action culturelle et dans l’éducation à l’image, seul moyen de rassembler un public qui ne demande que de la diversité dans les propositions qui lui sont faites par les salles.

Par ailleurs, il devient indispensable de redéfinir la notion d’art et essai pour la qualification des films. Les quotas de diffusion de ces films doivent par ailleurs être revus écran par écran et le nombre de copies des films doivent être limité pour permettre à toutes les oeuvres d’avoir la chance d’être vues.

 

9 . Livre et lecture publique. la pratique de la lecture est en déclin constant puis 20 ans. la librairie indépendante est menacée. le numérique bouleverse l’ensemble de la chaîne du livre. Le droit d’auteur peine à s’adapter dans l’univers numérique. dans ce contexte, comment envisagez-vous l’action de l’Etat en faveur du livre et de la lecture publique ?

Le modèle culturel français du livre s’appuie sur un réseau très dense et diversifié de librairies, c’est ce maillage et cette diversité qui permettent d’offrir des débouchés et garantit la richesse de la production éditoriale. C’est aussi aujourd’hui le commerce de détail le plus fragile économiquement.

Soutenir la librairie indépendante c’est soutenir la production éditoriale et l’accès à des productions variées. Des mesures s’imposent :

  • mise en place d’une TVA réduite sur le livre : 2,1% à l’instar de la presse ;
  • renforcer les moyens du CNL – Centre National du livre – pour les aides à l’édition, la traduction, le soutien à la librairie ;
  • mise en place d’une taxe sur les ventes en lignes – qui, notamment dans le cas d’Amazon, en infraction avec la loi sur le prix unique du livre vend les ouvrages sans frais de ports – et menace gravement le réseau indépendant. De ce fait détruit des emplois, les missions culturelles de la librairie, la médiation et l’animation des centre-bourgs ;
  • rendre le label LIR pleinement efficient en accordant des allégements de charges sociales pour les librairies labellisées – pour obtenir le label, les charges de salaires doivent représenter au moins 12,5% du CA. Ce serait aussi une mesure en faveur de l’emploi.

 

10. Musiques actuelles. les musiques actuelles sont depuis des années en grande fragilité. Quelles décisions pourraient favoriser, selon vous, les conditions d’une réelle reconnaissance de ce secteur ?

Les musiques actuelles sont fragiles parce qu’elles sont aux confins de l’amateur et du professionnel, de l’activité culturelle publique et du marché.

La rémunération des groupes n’intervient que très tardivement, et rares sont les aides publiques qui permettent de franchir le seuil difficile, tandis que les retours de droits d’auteurs se perdent dans la gourmandise des éditeurs phonographiques.

L’action publique doit intervenir en amont, en favorisant l’accès à des studios de répétition et d’enregistrement, en soutenant les coproductions et l’accueil en résidence longue de création.

Cette mandature doit aussi résoudre par un cadre légal adapté à l’équation impossible de la rémunération des groupes qui se produisent dans les cafés.

Cependant, je suis très réservée concernant l’annonce de la création du Centre National de la Musique, et ce même avec les engagements pris auprès d’un certain nombre d’organisations concernant le soutien aux musiques vivantes et aux acteurs des petites scènes disséminées sur le territoire.

En effet, je crois que la crise que traverse le ministère de la Culture est trop grave créer aujourd’hui une agence qui se voit déléguer par l’Etat de nouvelles responsabilités. il faut d’abord retrouver la confiance et la sérénité au sein du ministère et de ses services déconcentrés, réfléchir sereinement aux besoins du secteur et ne pas l’opposer avec d’autres, ni le mettre en concurrence, sous la pression des grands lobbies et industries du disque par exemple…

 

11. Agenda21/développement durable. les grands tex- tes de référence actuels que sont la Charte pour la diversité de l’UNESCO, la déclaration de Fribourg sur les droits culturels et l’Agenda 21 de la culture modifient-ils votre approche des politiques culturelles publiques ?

Bien évidemment et les écologistes ont été les militants de cette nouvelle approche. L’agenda 21 de la Culture répond à la crise des modèles nationaux de politique culturelle et à la stagnation des moyens des collectivités locales. Il répond à la recherche d’alternatives économiques pour les arts et la culture. C’est une clé aussi pour sortir des faux débats sur les identités nationales.

L’agenda 21 permet de dépasser le face à face entre les élus et les professionnels : position monarchique, fait du prince. Il va remettre les habitants dans le jeu (conseils de quartier, de développement, associations, comités d’usagers)… Les arts et les cultures deviennent alors des pratiques de la citoyenneté locale.

Je veux passer d’une politique culturelle pour ou de à une construction par. Il faut accepter la parole de «non experts», et accepter de passer de la figure du public et de l’usager à celui du citoyen et de la personne.

 

12. Culture et numérique. Comment voyez-vous l’évolution des politiques culturelles face à la mutation des pratiques sous l’effet de la révolution numérique ?

Les canaux de l’internet, les encodages numériques ne sont pas neutres: ces derniers, tout en offrant de nouvelles voies, et en les démocratisant, ont changé les contenus, le son par exemple.

La duplication est à la portée de chacun, et tandis que les FAI font du téléchargement un argument de vente, les plateformes légales et leur identification ont pris un retard considérable. L’arsenal répressif entame les libertés sans même atteindre son but.

Il est temps de mettre au débat des modèles de rémunération des auteurs plus actuels, plus transparents … Accompagnons les nouvelles pratiques de création et de diffusion culturelles en consolidant le développement de l’offre légale sur Internet afin de faciliter l’accès aux oeuvres à tous les publics.

Nous voulons pour cela légaliser le partage non-marchand. Les lois qui criminalisent les utilisateurs, comme DAVDSI et HADOPI, seront abrogées.

 

13. Culture scientifique. A l’heure où une véritable culture scientifique, sans cesse actualisée, semble nécessaire pour adopter ou émettre des points de vue raisonnés, quelle place doit-elle prendre dans l’action culturelle de l’Etat ?

Ce fut un difficile combat, mené par les écologistes que de faire valoir le partage de la culture scientifique au ministère de la culture. Hélas pendant ce temps le ministère de la recherche dissolvait sa mission culture scientifique pour l’externaliser à UNIVERSCIENCES qui peinait déjà à rassembler deux institutions parisiennes aux personnels de statuts et de conception de la pédagogie différents.

L’enjeu reste l’équité territoriale, car ce ne sont que des miettes qui vont aux associations de terrain. Nous devons de surcroit rester attentifs à ce que les CCSTI gardent des moyens suffisants pour rester indépendants: en matière de culture scientifique, les mécénats intéressés ont tôt fait de vous changer la présentation des OGM, de l’effet de serre ou de Fukushima, pour peu qu’ils se nomment GNIS, TOTAL ou AREVA…

 

14. Relations internationales et francophonie. riche d’un patrimoine dense et d’une création vivace que ses politiques culturelles successives ont su préserver, la France a-t-elle une responsabilité particulière vis-à-vis de l’Europe et du monde ?

La France doit retrouver une vraie présence internationale, non seulement pour diffuser ses créations, mais aussi pour faire vivre ce qui sous-tend la culture, c’est-à-dire l’échange, la confrontation artistique, le débat, la réciprocité. Il est souhaitable que les collectivités qui mènent des actions de coopération décentralisée, aient un volet culturel dans leurs projets, et que l’Institut français en tienne compte et les appuie.

La francophonie est un fil conducteur particulier, intéressant parce qu’il facilite les échanges, ravive une mémoire commune, et nous interpelle sur le sort que nous faisons aux autres langues, dont les langues régionales.

Enfin comment évoquer l’international sans parler d’Europe, qui ne serait pas en si mauvais état dans le coeur de ses habitants si elle s’était davantage préoccupée de culture. C’est un point non négligeable que je m’attacherais à faire vivre.

 

15. Quelle serait votre première décision en matière de politique culturelle ?

Je commencerais par, dans le cadre de l’abrogation de la réforme territoriale telle qu’elle a été décidée par Nicolas Sarkozy, lancer des assises décentralisées pour repenser la compétence culture avec l’ensemble des niveaux d’intervention, de l’Europe à la commune, en passant par l’Etat, les Régions, les départements et les intercommunalités.

Je réformerais en profondeur la gouvernance du ministère de la Culture comme des institutions culturelles nationales, en proposant une charte éthique et démocratique pour sortir du « fait du prince » et permettre une meilleure représentativité de la diversité des cultures, qu’elles soient savantes ou populaires, émergentes ou patrimoniales.

Je rassemblerai l’ensemble des acteurs culturels pour travailler avec eux sur une loi d’orientation pour l’emploi artistique et culturel qui visera à protéger ces activités artistiques et culturelles des obligations de mise en concurrence, d’appels d’offres, et de fiscalité commerciale.

L’intermittence serait dans ce cadre profondément réformée pour s’attacher à sécuriser le parcours de travail de ces intermittents dans leur diversité, en faisant peser le cout de leur inhérente flexibilité sur les employeurs et non sur eux.

Je créerai enfin un fonds de soutien pour encourager le dialogue interculturel et rééquilibrer les moyens en faveur de la promotion de la diversité sociale et culturelle.

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.

Eva Joly.

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Faire de la culture le 4ème pilier du développement durable https://culture.eelv.fr/2011/11/01/faire-de-la-culture-le-4eme-pilier-du-developpement-durable/ Tue, 01 Nov 2011 11:11:33 +0000 http://culture.eelv.fr/?p=3126 Faire du lobbying pour le Sommet Rio+20 Ce document offre des idées pour la considération d’activistes, réseaux et d’acteurs culturels qui pourraient être en train de préparer une contribution au Secrétariat de la Conférence Rio+20 afin d'influencer la rédaction des documents initiaux des négociations. ...]]>

Faire du lobbying pour le Sommet Rio+20

Ce document offre des idées pour la considération d’activistes, réseaux et d’acteurs culturels qui pourraient être en train de préparer une contribution au Secrétariat de la Conférence Rio+20 afin d’influencer la rédaction des documents initiaux des négociations.

 

 

Agenda 21 de la culture – Commission culture de CGLU: www.agenda21culture.net
Contact: agenda21cultura@bcn.cat

Les contributions s’envoient au Secrétariat de la Conférence Rio+20: http://www.un.org/News/Press/docs/2011/envdev1227.doc.htm
La date limite d’envoi est le 1er novembre 2011.

 

Contexte

Voici un résumé avec des idées issues d’environ 10 ans de débats sur la relation entre la culture, les politiques locales et le développement durable. Ces discussions sont « nouvelles » pour le secteur culturel, et la proximité du Sommet de Rio+20 a augmenté le partage d’information et la prise de conscience à cet égard.

Les débats ont surtout eu lieu dans des villes, ils ont été organisés par des ONG, des associations, la société civile et les gouvernements locaux.

Nous sommes convaincus que ces contributions ont un sens dans un débat ouvert sur le futur du développement durable : sa structure conceptuelle, le cadre institutionnel international et sa déclinaison au sein des nations et des villes.

 

1. Le concept de « développement » évolue

On n’entend pas actuellement le développement de la même manière qu’en 1972, 1987 ou 1992. Le concept a évolué. Edgar Morin, Amartya Sen ou Arjun Appadurai (pour n’en citer que quelques-uns) se sont exprimés sur le sens du terme développement après 1992.

Il faut tenir compte de ces contributions ! On peut résumer comme suit l’évolution du concept «développement» : actuellement, développement signifie liberté, élargir les possibilités de choix, mettre les êtres humains – enfants, hommes et femmes – au centre du futur.

Actuellement, les êtres humains ont des capacités mais il leur manque des competences (capabilités, outils, techniques) pour comprendre le monde et le transformer afin qu’il devienne vraiment durable. Ces compétences sont l’alphabétisme, la créativité, le savoir critique, le sens de l’endroit, l’empathie, la confiance, le risque, le respect, la reconnaissance… On peut considérer ces compétences comme la composante culturelle de la durabilité.

Ces compétences ne sont incluses dans aucun des trois piliers actuels. Il est évident que la culture a une dimension économique (elle génère de l’occupation et des revenues) mais on ne peut la réduire à un instrument de croissance économique.

C’est vrai, la culture a une dimension sociale (de lutte contre la pauvreté, de participation, d’égalité des droits…) mais on ne peut la réduire à un instrument qui favorise l’inclusion sociale ou qui donne de la cohésion à une société ; c’est beaucoup plus que cela.

La culture a une dimension environnementale mais on ne peut la réduire à un instrument qui fasse prendre conscience de la responsabilité environnementale. Le paradigme de la durabilité requiert un composant culturel explicite. La communauté internationale doit envisager sérieusement l’idée de transformer le modèle à trois piliers en un modèle à quatre piliers dans lequel la culture serait le quatrième.

Un premier essai de débat de la composante culturelle de la durabilité a eu lieu lors du Sommet de Johannesburg de 2002, lorsque la France, le Mozambique et l’UNESCO organisèrent la table ronde « La culture est le quatrième pilier du développement durable».

 

2. Une compréhension du développement qui ne s’ajuste pas à la mondialisation

Le modèle des trois piliers se base sur une vision occidentale (étriquée). Ce modèle n’inclue pas explicitement des valeurs essentielles pour chaque individu de notre monde, telles que le bien-être, le bonheur, l’équilibre, l’harmonie ou l’identité, qui sont explicites et pleinement intégrées au concept de développement de plusieurs peoples autochtones et dans les visions sur le développement durable qui émergent dans beaucoup de pays.

Ces valeurs influencent également la manière de voir actuellement le développement en Occident: les études et recherches menées à bien en France, au Royaume Uni ou au Canada qui visaient à mesurer « les composants d’une vie ayant un sens » offrent des conclusions semblables.

On ne saisit le sens profond du développement qu’au niveau local. On ne peut pas faire démarrer les modèles globaux s’il n’y a pas de « porte », une gouvernabilité locale où les personnes et les lieux ne se voient pas menacés mais, au contraire, où on les invite et on leur donne des compétences afin qu’ils deviennent acteurs de la mondialisation, c’est-à-dire afin qu’ils créent un nouveau sens sans perdre leur identité.

Ce processus est culturel et non pas social, économique ou environnemental. Reconnaître la diversité renforce la durabilité. Reconnaître la pluralité des systèmes de savoir s’avère fondamental pour les sociétés vertes. Les gouvernements locaux et la société civile sont les meilleurs instruments pour atteindre ces objectifs.

 

3. Quelques questions pragmatiques

Le débat sur le rôle de la culture et du développement durable est présent dans de nombreuses nations et villes. Dans les débats locaux, dans les processus participatifs, la culture émerge comme une des composantes clé pour le développement durable. Une stratégie nationale ou locale pour le développement durable sans des considérations culturelles s’avère moins cohérent, moins ambitieux et moins réaliste.

Les citoyens D’un point de vue historique, la société civile, les mouvements sociaux et les activistes qui revendiquent la démocratie ont toujours donné une grande importance aux considérations culturelles. La liberté d’expression ou le droit à prendre part à la vie culturelle sont inclus dans la Déclaration universelle des Droits humains.

Bien que la relation entre droits humains, culture et développement durable n’a pas été analysée en profondeur, il semble évident qu’il existe un droit des citoyens à avoir accès à des ressources culturelles ainsi qu’un droit des citoyens à modeler la vie culturelle actuelle et future.

Les citoyens, bien équipés avec les « compétences culturelles » mentionnées ci-dessus, doivent être considérés comme les acteurs, et pas seulement les bénéficiaires, du développement durable.

Les artistes et le secteur culturel Le travail des artistes a eu un énorme impact sur le processus de prise de conscience sur la durabilité. Cet impact n’est pas suffisamment reconnu.

Il existe de merveilleuses oeuvres d’art (au cinéma, dans les arts plastiques et scéniques ou la littérature, ainsi que dans le design, l’architecture ou la mode) qui se sont avéré être un catalyseur de changement et qui ont été fondamentales pour mieux valoriser la durabilité.

Le patrimoine matériel (pas uniquement les sites patrimoine de l’humanité) et le patrimoine immatériel sont de bons éléments qui condensent les valeurs que l’on garde pour les prochaines générations. Il existe une énorme frustration au sein des communautés artistiques et culturelles lorsqu’on ne les inclut pas dans les débats sur le développement durable.

Le manque de ponts entre la culture et le développement durable est une perte d’énergie et de ressources.

Les gouvernements Les gouvernements nationaux considèrent que la culture est l’âme du développement, et que la diversité est un patrimoine commun de l’humanité (Convention de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, 2005).

Certains gouvernements nationaux incluent des considérations explicites relatives à la culture dans leurs stratégies de développement nationales, c’est le cas du Canada, du Brésil, du Bhoutan, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande…

Certaines fédérations nationales de municipalités (SALAR en Suède, FMC au Canada, et bien d’autres) ont recommandé aux villes et gouvernements locaux qu’ils élaborent leurs stratégies de développement à long terme en incluant la culture comme quatrième pilier ou dimension.

Quelques gouvernements locaux ont élaboré des politiques à long terme qui incluent un pilier culturel. Pour n’en citer que quelques-uns : Kanazawa au Japon, Lille et Angers en France, Penang en Malaisie… Le gouvernement du Québec (Canada) élabore un Agenda 21 de la culture afin que la culture soit un pilier ou une dimension de la durabilité.

Les entreprises La culture (le patrimoine, les arts, les industries culturelles) est l’un des secteurs économiques de croissance les plus rapides. Les secteurs culturels appartiennent à l’économie verte. La responsabilité sociale des entreprises s’étend, et certains plans incluent des projets sur la culture et l’éducation. Plusieurs entreprises valorisent leurs compétences interculturelles et mesurent leur impact culturel local.

La société civile Le nombre d’ONG qui traitent de thèmes liés à la culture et au développement durable au niveau local est en pleine croissance. Ce ne sont pas seulement les ONG qui travaillent dans le domaine des arts et du patrimoine mais aussi celles qui travaillent avec les médias, la liberté d’expression, l’inclusion sociale, les migrants et l’environnement.

La crise économique et financière actuelle des pays occidentaux pousse les citoyens vers des valeurs qui donnent un sens à notre vie.

Le système de l’ONU L’UNESCO a inclus des considérations relatives au développement durable au moins depuis 1996. Le rôle de cet organisme pour fixer des modèles dans le domaine de la politique culturelle s’est avéré extraordinaire. La contribution de la culture pour mitiger la pauvreté a été reconnue par la communauté internationale (OMD 2010).

Le PNUD, le PNUMA, Habitat… incluent (bien que timidement) des considérations culturelles dans leurs programmes.
Cités et Gouvernements Locaux Unis CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis) est l’organisation mondiale des villes. En octobre 2004 elle a adopté l’Agenda 21 de la culture (2004) comme document d’orientation pour les politiques culturelles locales et elle a approuvé récemment (en novembre 2010, Ville de Mexico) la Déclaration « La culture est le quatrième pilier du développement durable ».

Cette Déclaration se base sur l’idée partagée que le monde ne fait pas seulement face à des défis économiques, sociaux ou environnementaux -les 3 domaines aujourd’hui reconnus comme les 3 piliers du développement durable- mais que la créativité, la connaissance, la diversité et la beauté sont les bases incontournables du dialogue pour la paix et le progrès, dans la mesure où elles sont intrinsèquement liées au développement de l’homme et aux libertés.

Cette nouvelle approche traite de la relation entre la culture et le développement durable à travers de: (1) le développement d’une politique culturelle locale vaste et solide qui se base sur les droits culturels des citoyens, et (2) la présence de considérations et d’analyses relatives à la culture dans toutes les politiques publiques.

L’Agenda 21 de la culture, approuvé en 2004, relie plus de 450 villes, gouvernements locaux et organisations. On peut le considérer comme la première « charte de principes » internationale sur les politiques culturelles et le développement durable.

 

4. Quelques résultats souhaitables et faisables pour Rio+20

Il faut faire tous les efforts possibles pour que le Sommet de Rio+20 soit une réussite.

Le Sommet de Rio+20 mettra l’accent sur l’économie verte et le nouveau cadre institutionnel pour le développement durable. Un des objectifs du Sommet est « renforcer l’intégration des piliers du développement durable à différents niveaux de la gouvernance – local, national, régional et international ». Cet objectif ambitieux requiert de l’inclusion explicite d’un quatrième pilier: la culture.

Le Sommet devrait être une opportunité pour parler de la structure conceptuelle du développement durable, analyser les lacunes de sa mise en oeuvre dans les nations et les villes et relever les défis qui se font jour. Nous croyons que la culture doit avoir sa place dans le Sommet.

La Déclaration finale de Rio+20 devrait inclure un chapitre qui explique la relation entre la culture et le développement durable. Elle doit aussi inclure un chapitre sur le rôle des gouvernements locaux dans le développement durable.

Ces chapitres reflètent le monde tel qu’il est actuellement. Ces chapitres ne devraient faire de mal à personne.

La Déclaration finale de Rio+20 pourrait aussi suggérer la création des Objectifs de la Durabilité. S’il en est ainsi, il faut mentionner la culture et inclure des objectifs explicites liés aux arts et à la culture.

Il est aussi recommandable que la Déclaration finale suggère de créer des mécanismes institutionnels pour analyser plus en profondeur, au cours des prochaines années, la relation entre la culture et le développement durable. On pourrait étudier la possibilité d’une « Décennie de l’ONU sur la culture pour le développement durable ».

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