Plénière du 16 octobre : discours de Clara Osadtchy

Merci Mr Le Président.

Cher-e-s collègues,

L’actualité des dernières semaines montre à nouveau que les signes d’alerte économique comme écologique se multiplient.

Des études montrent chaque jour un peu plus l’étendue des conséquences de nos activités humaines sur l’environnement, sur notre cadre de vie. Il y a quelques semaines, le WWF démontrait qu’en l’espace de 40 ans, la moitié des animaux sauvages ont disparu de la surface de la terre.

Le 6 septembre 2014, le rapport rédigé par Jean Jouzel portant sur le climat en France indiquait que d’ici la fin du siècle, nous allons assister si rien n’est fait à une forte hausse des températures moyennes (de 2,6° à 5,3°), à l’augmentation logique des vagues de chaleur, à des épisodes de sécheresse plus nombreux, au renforcement des précipitations extrêmes.

Chaque jour, nous savons nos réserves en énergie fossiles plus épuisées que jamais, et nous n’avons pas suffisamment passé le cap vers une société sobre en énergie, misant sur un autre modèle économique.

Pendant ce temps, des usines, des pans entiers de l’industrie française souffrent de fermetures, de plans de licenciements, participant à renforcer une misère sociale qui épuise nos concitoyens et nos territoires.

Et pourtant, la réponse aux problèmes écologiques pourrait également se trouver dans celle aux problèmes économiques. Que ce soit avec le développement des énergies renouvelables, le soutien à une économie locale et circulaire, la rénovation énergétique… Alors qu’aujourd’hui, le secteur du bâtiment pâtit de la crise et des disettes imposées aux collectivités locales, nous pourrions créer des milliers d’emplois en soutenant la rénovation de l’habitat et les filières d’éco-construction. Tout ceci est en réalité à portée de main et dépend de notre volonté politique !

La Loi de Transition énergétique marque de ce point de vue quelques avancées.

Les écologistes se sont félicités de son adoption hier par l’Assemblée nationale, concrétisant un long combat pour les écologistes. Ici, à Caen, capitale de la Basse-Normandie, cela me fait symboliquement plaisir de dire que la France a acté la réduction de la part de l’atome de 75% à 50% en 2025, et la diminution de 50% de la consommation énergétique à horizon 2050. Et oui, ce projet de loi doit permettre la création d’emplois, et améliorer le porte-monnaie des ménages, en réduisant la facture énergétique, qui pèse si lourd.

Mais nous restons dans l’expectative.

Comment ne pas voir des signaux contradictoires, déjà au sein même de cette loi qui fait l’impasse sur la promesse présidentielle de fermer la centrale de Fessenheim en 2016 ou encore sur la fiscalité écologique, grande absente ?

Quel observateur extérieur ne trouverait pas une certaine maladresse, pour ne pas parler d’une ambivalence assumée ou un mauvais cynisme, à ce que cette loi soit votée le jour de l’ouverture du salon international de la filière nucléaire au Bourget ? Ce même lieu qui accueillera, dans un an, le sommet international sur le climat ?

Devons-nous ignorer la démission de l’économiste Christian de Perthuis ce lundi, président du Comité pour la fiscalité écologique, qui a écrit aux ministres de l’écologie et de l’économie pour regretter que les travaux de son comité ne répondent plus aux priorités du gouvernement ?

Enfin, le recul coupable de la ministre de l’écologie sur l’écotaxe – mais appelons-là par ce qu’elle est, une taxe poids lourds – ce recul met en péril le financement des transports en commun et des modes de transports de marchandises moins polluants comme le fret ferroviaire et fluvial. Ce sont plusieurs milliards d’euros qui ont été retirés des caisses de l’Etat pour lutter contre la pollution de l’air, entretenir les infrastructures et financer les projets de transports en commun. Mes chers collègues, si vous voulez votre tramway ou vos bus à haut niveau de service, il semble qu’il faille prendre la tête du très influent lobby des patrons routiers.

La transition énergétique ne se décrète pas. Elle se construit avec vigilance, confiance et courage politique. Nous ne disons pas que c’est simple, mais les écologistes sont convaincus qu’elle constitue l’une des réponses aux crises d’aujourd’hui : écologique et économique j’en ai parlé, mais aussi sociale comme moyen de lutter contre la précarité et les inégalités.

La transition énergétique est un baromètre impressionnant de la sensibilité du plus haut niveau de l’Etat aux lobbys et différents pouvoirs économiques. En questionnant notre capacité d’anticiper l’avenir, n’oublions pas ce qu’un enjeu aussi important raconte de nous-mêmes et de nos actes.

Nous parlons ainsi du futur de notre région, et cela pose la question des métiers d’avenir, dont nous nous assurer, nous Région, des conditions de formation dans les territoires en lien avec ces filières économiques nouvelles. Yannick Soubien nous présentera tout à l’heure le plan de mobilisation pour le développement de l’apprentissage, levier essentiel de développement économique et humain pour les petites et moyennes entreprises, mais aussi véritable voie de formation et de promotion sociale pour les jeunes. Nous nous félicitons que l’apprentissage puisse être porté à sa juste valeur, et qu’il puisse contribuer au développement harmonieux de l’économie de proximité en région.

Enfin, comment ne pas dire un mot sur l’actualité récente en Basse-Normandie. Car il y a également dans notre région des entreprises puissantes qui ont été au devant de la scène ces derniers jours encore. En expulsant le camp des opposants pacifiques au centre d’enfouissement de déchets de GDE à Nonant-le-Pin, le Préfet de l’Orne, bien que répondant au Droit, a déclenché une guerre ouverte en créant les conditions d’un envenimement de la situation.

Par votre voix, Mr le président et par celle de Yannick Soubien, très présents auprès des citoyens mobilisés, cette expulsion a été dénoncée et la ministre de l’écologie, muette sur ce dossier depuis son arrivée, a été interpellée pour agir et suspendre toute activité de GDE, tant que les expertises et analyses complémentaires n’auraient pas été menées à leur terme.

Dans cette situation qui fait la part belle aux qualités d’escroquerie de l’industriel, ce sont des hommes et des femmes, des travailleurs, une filière et tout un territoire qui se battent depuis des mois pour refuser la dégradation de leur environnement par une activité industrielle qui symbolise l’ineptie d’une société de la poubelle. Leur gronde, nous la soutenons, nous la partageons. Elle nous montre que le réveil politique, l’indignation, s’il ne viennent pas du plus haut niveau, savent naître chez les citoyens.

Gageons que nous saurons mobiliser et susciter cette énergie citoyenne lorsque nous construirons la Normandie de demain et en discuterons les grands enjeux.

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