Intervention relative aux orientations budgétaires 2015

Par Martine Alcorta – Intervention en séance plénière du 20 octobre 2014

Chères collègues, chers collègues,

Les Régions ne peuvent plus continuer à jouer les «pleureuses», qui se plaignent en permanence que les dotations de l’Etat stagnent ou baissent. Une décentralisation digne de ce nom, ne peut pas déresponsabiliser à ce point une collectivité de la fixation de ses recettes, alors qu’elle lui confie la responsabilité des dépenses. La mère des réformes aujourd’hui, ce n’est pas de mettre les régions sous perfusions financières, c’est de leur donner l’autonomie fiscale. Une occasion de lever le tabou sur la fiscalité, d’expliquer aux Français qu’on peut faire une réforme fiscale progressive et substitutive qui remplace des impôts par d’autres impôts, qui n’ajoute rien aux contributions des ménages, mais qui cherche à atteindre au contraire plus de justice environnementale, sociale et territoriale.

Imaginons un instant que nous ayons conquis cette autonomie, nous ajouterions à notre débat fort intéressant sur les dépenses régionales, un débat tout aussi intéressant sur celui de nos recettes, ce qui d’ailleurs pourrait donner encore plus d’envergure à nos politiques régionales. Peut-être aurions-nous alors pris le temps de nous demander à quoi sert une fiscalité écologique.

Car la fiscalité a deux fonctions : celle de trouver des recettes pour les dépenses, mais la fiscalité peut aussi servir à modifier les comportements des agents économiques, décourager ceux qui nuisent à l’environnement, le climat, la biodiversité et accentuent les inégalités sociales. Car au vu de l’urgence climatique qui menace nos côtes, nos écosystèmes, le climat aquitain, on ne pourra pas se contenter longtemps de traiter les seuls effets de la pollution, de compenser les dégâts sur la biodiversité, de raccrocher les décrocheurs, de soigner les maladies environnementales, il nous faut substituer aux politiques curatives des politiques préventives, c’est aussi cela le sens de la transition énergétique et sociale.

C’est dans ce sens également que nous aurions quelques remarques à faire sur nos orientations budgétaires. Nous reconnaissons que la prise en compte des problématiques environnementales, solidaire et sociale, énergétique trouvent dans notre budget des sources non négligeables de financement. Mais ce qui fait encore notre différence, c’est que nous ne pouvons pas nous contenter de la part budgétaire qui leur sont consacrée par rapport à d’autres dépenses, c’est un changement d’échelle auquel nous aspirons.

Nous souhaiterions un virage de notre politique économique, qui ne se pose pas assez la question, de ce qui doit croitre et doit décroitre, nous souhaiterions que l’on accorde à la culture, qui crée aussi de l’emploi et qui est une façon informelle de se former, la place qu’elle peut apporter dans le cadre de nos compétences économiques et de formation que nous réduisons trop aux apports de l’entreprise. Une politique publique doit avoir comme préoccupation finale, le bien-vivre de ses habitants, l’économie et l’emploi ne sont que des moyens pour y arriver, en aucun cas ils ne doivent devenir une finalité car le « bien vivre » suppose bien plus qu’un emploi.

Quelques exemples : le budget ESS, il est vrai en bonne progression, représente encore trop peu dans le budget économique, le budget « grande vitesse » est pratiquement le double de celui des transports du quotidien, l’agro-agriculture mériterait encore plus, sans parler de l’éducation à l’environnement, et de la culture qui donne forme à l’esprit.

Les portions budgétaires ciblant des orientations allant dans le sens de la transition énergétique sont relativement trop faibles et le risque de nous enkyster dans une transition durable existe alors que le but d’une transition est bien d’en sortir…. !

Vous l’aurez donc compris, au vu des orientations budgétaires qui nous sont proposées, nous souhaiterions un changement d’échelle pour gravir les marches qui nous séparent d’une Aquitaine écologique et sociale même si nous reconnaissons que depuis le début de cette mandature nous avons été entendus sur beaucoup de ces sujets qui nous tiennent à cœur.

Je vous remercie.

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