Non au zéro alcool pour les moins de 24 ans

Hervé Dizy, président de la Ligue contre la violence routière 59-62, interrogé par @nordeclair sur le zéro alcool au volant pour les moins de 24 ans.

Il a énoncé une dizaine de raisons pour être contre cette mesure:

1 – le taux zéro alcool n’existe pas, le minimum pratique est 0,20g/L sang. En effet nous produisons tous de l’alcool naturellement (à divers taux jusqu’à 0,10 pour certaines personnes), donc plus personne ne pourrait conduire!

2 – il ne faut pas durcir une loi qui n’est pas appliquée: en Grande Bretagne le taux est resté à 0,80g et pourtant les résultats sont meilleurs car il y a beaucoup plus de contrôles.

3 – dans 80% des accidents mortels dus à l’alcool, le conducteur (car c’est très souvent un conducteur pas une conductrice) présente un taux supérieur ou égal à 1,20g.

4 – baisser le taux à « zéro » c’est faire peser une épée de Damoclès sur une grande partie des conducteurs alors qu’il faudrait focaliser l’attention sur la minorité de ceux qui ont un problème avec l’alcool. Pour un jeune avec un permis probatoire à 6 points, une seule bière et il perd son permis, c’est une dureté incompréhensible.

5 – si on fait une comparaison avec la pêche aux requins blancs tueurs, ce n’est pas en utilisant des filets avec des mailles plus serrées que l’on va attraper plus de grands requins tueurs, on va au contraire se donner plus de travail en prenant inutilement beaucoup plus de petits poissons, les filets seront pleins en risquant de rater les requins par surcharge de travail. Il faut augmenter le nombre de bateaux de pêche en ciblant mieux les requins avec des appâts spécifiques et des hameçons. Les radars embarqués (3ème génération) permettent de focaliser la répression sur les grands délinquants routiers et sont totalement indétectables (le Coyote ne peut pas les prévenir d’un contrôle).

6 – il faut obliger l’installation d’éthylotests anti démarrage (EAD) pour toute personne détecté au taux délictuel de 0,80g. »Qui a bu, boira » dit le dicton, « qui a bu ne conduira plus ». Il y aura ainsi une véritable politique de prévention car ce qui compte ce n’est pas punir quand le mal est fait mais éviter que le malheur n’arrive. Je propose que l’EAD soit prescrit par le médecin traitant en accord avec la famille du malade alcoolique qui ne pourra plus s’échapper du contrôle familial en prenant son véhicule pour aller s’enivrer puisqu’il sait qu’il ne pourra pas plus revenir (ou même partir s’il n’est jamais sobre). Il faut une démarche thérapeutique de prévention mais pas de répression généralisée.

7 – il faut faire réappliquer la loi Evin dans toute sa rigueur alors que la présidence de Sarkozy l’a affaiblie en permettant la publicité pour l’alcool sur Internet média préféré des jeunes.

8 – il n’y a pas de problème spécifique d’alcool pour les jeunes, l’alcool est un problème généralisé. Une contre l’alcool au volant qui ne touche que les jeunes permet juste de se donner bonne conscience sans avoir un caractère d’efficacité.

9 – de 2002 à 2007, les radars vitesse et le contrôle sanction automatique (plus de passe-droits) ont fait chuter de 10% la vitesse moyenne sur route, d’où une baisse de mortalité de 40%. La part de l’alcool n’a pas bougé sans qu’il y ait d’action contre ce fléau, si les causes étaient indépendantes, la part de l’alcool aurait du augmenter. En agissant uniquement sur la vitesse, l’ensemble de la mortalité quelque soit la cause de l’accident a diminué car la vitesse est le socle commun de la mortalité. Il est donc plus efficace de réduire la vitesse (comme c’est fait avec le permis probatoire) des jeunes, pour faire respecter les limitations le LAVIA (limiteur de vitesse automatique par GPS) est un outil des plus efficace car il est possible de programmer l’appareil spécifiquement pour des conducteurs (110 à la place de 130, 100 au lieu de 110, etc). S’il faut une action spécifique envers les jeunes elle doit se placer au niveau des permis probatoires pour leur faire respecter les limitations existantes sans en ajouter de nouvelles,  ceci permet de ne pas stigmatiser les jeunes mais les jeunes conducteurs .

10 – les conducteurs de 2 roues motorisés parcourent 2% des km en France et constituent de 30 à 50% des tués. La raison est simple: quand la vitesse moyenne des conducteurs a baissé de 10%, celle des 2 RM a peu diminué, la part des 2 RM a donc augmenté*. Il y a de toute évidence plus de jeunes qui conduisent des 2RM que de séniors, une action spécifique 2 RM permettrait ainsi de diminuer la mortalité chez les jeunes sans les cibler particulièrement.

Hervé DIZY
président de la Ligue contre la violence routière 59-62.

*: Une autre catégorie a augmenté, celle des véhicules utilitaires professionnels car le patron n’est pas tenu de dénoncer l’auteur de l’infraction, donc il n’y a pas de perte de points. Le carnet de bord obligatoire avec inscription du nom du conducteur, de la date, de l’heure et de la nature de la mission, ces données livrées aux autorités en cas d’infraction, le conducteur professionnel pourra perdre ses points, il fera désormais plus attention aux règles qui s’appliquent à tous.

Un commentaire pour “Non au zéro alcool pour les moins de 24 ans”

  1. Commentaire du rédacteur de l’article :

    Un article paraît ce dimanche dans la voix du Nord, j’ai très lourdement insisté sur le fait que la vitesse est facteur n°1 puis c’est l’alcool (et pas le contraire comme le répètent les médias depuis des années suite à une erreur de transcription officielle), le Pr Claude Got le démontre dans une video à voir sur mon site http://violenceroutiere5962.org

    En faisant parler de l’alcool par les médias qu’ils contrôlent avec les budgets publicitaires, les lobbies automobiles, autoroutiers, pétroliers veulent éviter que l’on se focalise sur la vitesse pour continuer à produire des véhicules inutilement rapides (pour quelle raison 90% des modèles peuvent dépasser le 180 quand nous sommes limités à 130? il y a 30 ans seuls 10% des modèles dépassaient le 180), bref des véhicules plus lourds, plus consommateurs d’énergie, plus polluants. Un suicide collectif autant humain qu’économique. Un vision à très court terme pour engranger un maximum de profits au mépris de notre avenir à moyen et long terme.

    Avec des véhicules plus légers, limités à 130km/m, optimisé pour le cycle urbain, moins dangereux pour les usagers faibles (cyclistes et piétons) nous pourrions avoir une majorité de voitures ne consommant que 2L/100.

    La révolution écologique est à notre portée: en divisant par 3 ou 4 la consommation de carburant (plus besoin de diesel pour consommer moins, c’était un leurre), en diminuant par 3 ou 4 la pollution atmosphérique, le bruit routier, en divisant par 2 la mortalité routière (1,5 millions d’euros par mort) et les invalidités physiques permanentes (IPP) qui coûte 10 fois plus, ce sont des dizaines de milliards d’euros économisés sans effort autre que celui de changer de type de véhicule (moins chers en fait), sans restreindre ses déplacements.

    La sécurité routière peut être un moteur de l’écologie, il faut que tous les écologistes en soient convaincus, il suffit simplement de se rendre sur le site de la ligue contre la violence routière http://voiturecitoyenne.fr pour s’en rendre compte. Le site classe depuis 5 ans tous les modèles de véhicules vendus en France pour promouvoir les véhicules les moins dangereux (occupants du véhicule, des autres véhicules, usagers faibles) et les moins nocifs pour l’environnement. Les véhicules hybrides sont à l’honneur. Nous réfléchissons à déclasser les véhicules diesel à cause des microparticules. Des constructeurs comme Fiat ont déjà utilisé l’argument « voiture citoyenne » dans leurs publicités, si l’ensemble des constructeurs jouent le jeu, les véhicules seront moins dangereux et moins nocifs pour l’environnement. Pour cela il faut faire connaître cette action GRATUITE auprès de la population, ce qui équivaut à organiser un boycott intelligent des véhicules à proscrire.

    Tous les écologistes devraient rejoindre cet élan qui doit obliger les constructeurs à nous vendre les véhicules dont nous avons réellement besoin, pas ceux qui leur permettent de faire le plus de profit, qui permettent de vendre plus de carburant pour que l’Etat perçoivent plus de taxes. Générons un cercle vertueux.

    Etre écologiste ce n’est pas être utopiste, je démontre ici que c’est tout à fait le contraire, nous sommes les réalistes et les pragmatiques quand les productivistes et les spéculateurs vivent dans l’illusion qui vire à la dérision dans la crise que nous vivons actuellement.

    Hervé DIZY
    président de la Ligue contre la violence routière 59-62
    chargé de communication EELV pour les 9ème et 10ème circonscriptions du Nord (groupe local de Tourcoing)

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