NE PASSONS PAS A COTE DE LA 3ème REVOLUTION INDUSTRIELLE

« Nous ne sortirons pas cette

crise si nous restons accrochés

à des énergies

fossiles et nucléaires »

 

LE DIAGNOSTIC

 La crise que nous traversons n’a pas commencé avec les débordements de la Finance ou l’empilement de la Dette, mais avec le premier choc pétrolier et elle s’est aggravée chaque fois que le prix du baril a fait un nouveau bond.

Dans un monde où tout repose sur le pétrole, tous les prix de la chaine de production augmentent avec celui du pétrole, même ceux de la nourriture.

Avec un baril à 120$, nous avons connu des émeutes de la faim dans 22 pays. En juillet 2008 il a atteint 140$ et soixante jours après les marchés financiers s’effondraient. C’est ce que rappelle, dans son dernier livre La 3ème Révolution Industrielle, l’économiste américain de renom, Jérémy Rifkin.

Autrement dit, les crises financières, économiques, sociales et morales qui frappent notre pays ne sont que des facettes d’une crise bien plus profonde, une crise planétaire liée à la fin d’un monde: celui de la 2ème révolution industrielle fondée sur les énergies fossiles bon marché et l’énergie nucléaire. Voiture individuelle, autoroute, téléphone, télévision, tous étroitement lié au pétrole et/ou à la production centralisée d’électricité, ont permis la croissance d’une société de consommation et d’étalement urbain qui atteint aujourd’hui ses limites.

Non seulement nous en payons aujourd’hui la prix avec le réchauffement climatique, mais nous ne sortirons pas cette crise si nous restons accrochés à des énergies fossiles et nucléaires dont le prix montera inexorablement et d’autant plus vite qu’elles se font plus rares au moment où les acheteurs se multiplient: Chine, Inde, Brésil qui entendent faire entrer 1/3 de la population mondiale, à son tour, dans la 2ème révolution industrielle et ont depuis 10 ans des taux de croissance de 8 à 10%.

 

« Internet est en train de mettre

fin au monopole de l’information

centralisée »

 

MAIS UN NOUVEAU MONDE COMMENCE A NAITRE.

Internet est en train de mettre fin au monopole de l’information centralisée, en train de créer un pouvoir qui n’est plus vertical mais distribué, collaboratif. Il s’agit là bien plus que d’une révolution technologique, mais d’un changement des mentalités. Ce n’est pas un hasard si les grands partis centralisés sont en crise alors que fleurissent les collectifs citoyens. Ce qui n’apparaît pas en France, c’est que cette révolution est en train de s’étendre à l’énergie.

A coté des énergies traditionnelles – gaz, pétrole, uranium – fortement centralisées en raison des investissements massifs, financiers, militaires et géopolitiques qu’elles nécessitent – émergent aujourd’hui les énergies renouvelables, celles qu’on trouve partout, le soleil, le vent, la géothermie, la biomasse issue des déchets. Ce qui est encore plus révolutionnaire c’est que dans plusieurs pays, Allemagne, Danemark, Pays Bas, on commence à associer ces énergies renouvelables  à Internet pour les organiser et les distribuer de manière décentralisée: ce sont les smart-grids. Dès 2007, le Parlement Européen a adopté un plan qui va dans ce sens: le paquet énergie-climat.

Mais en France tout cela est oblitéré par l’obsession nucléaire. Et c’est peut-être le plus grave, par delà même le danger, le problème des déchets, le coût de démantèlement des centrales. La France, pays traditionnellement plus centralisé, pays qui a fait le choix du nucléaire civil en étroite liaison avec le nucléaire militaire est en train de passer complètement à coté de la 3ème révolution industrielle, pendant que l’Allemagne fait la course en tête.

 

LA REVOLUTION VERTE EN 5 POINTS

1 – Privilégier les énergies renouvelables, c’est possible.

Les pays du Nord de l’Europe le font déjà.

2 – Transformer la totalité des bâtiments – 1ers consommateurs d’énergies – en microcentrales, c’est possible.

Les premiers bureaux capables non seulement de couvrir leurs besoins mais d’en renvoyer dans le circuit central existent déjà à Paris ou Grenoble. A Vauréal démarre en ce moment la construction d’un programme de maisons passives. Mais l’enjeu majeur est de transformer le parc existant. On peut créer des centaines de milliers d’emplois, non délocalisables. L’Allemagne en a créé 370 000 en 6 ans en convertissant 1 million de bâtiments.

 3 – Stocker les énergies renouvelables, par nature intermittentes, cela devient possible

Divers procédés commencent à voir le jour dont le stockage par hydrogène. L’Union Européenne a engagé 8 milliards d’€ pour le développer.

 4 – Créer des réseaux électriques intelligents, c’est possible pour partager les surplus produits localement, comme on partage l’information sur Internet.

Cette technologie existe: ce sont les smart grids

5 – Etendre la révolution verte aux transports – 2ème consommateur d’énergie – c’est possible

Tous les grands constructeurs développent aujourd’hui des véhicules propres  qui pourront être reliés demain à cet « internet de l’énergie ».

 

Certains vont plus loin:

  • A Hong Kong et à Portland des salles de gym utilisent l’énergie produite par les sportifs pour couvrir une partie de leurs besoins énergétiques
  • A Rotterdam, la piste de danse d’une boite de nuit alimente ses spots et son matériel musical par le mouvement des danseurs
  • Deux chercheurs coréens ont conçu des matériaux capable de convertir le son – et donc le bruit – en électricité. [1]

 

Toutes ces technologies doivent encore être améliorées, les prix baisser, notamment pour les véhicules, mais c’est là précisément où le rôle d’impulsion des pouvoirs publics est déterminant. Et qui mieux que des élus verts, un groupe puissant d’élus verts au parlement français, peuvent faire rattraper son retard à la France.

Bernard Morin

 

Qui est Jérémy Rifkin ?

Jeremy Rifkin (né à Denver dans le Colorado le 26 janvier 1945) est un essayiste américain, spécialiste de prospective (économique et scientifique). Il a aussi conseillé diverses personnalités politiques.
Il est également fondateur et président de la « Fondation pour les tendances économiques » (Foundation on Economic Trends ou FOET) basée à Washington.
Son travail, basé sur une veille et une réflexion prospective a surtout porté sur l’exploration des potentialités scientifiques et techniques nouvelles, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques.



[1] Voir le nouveau magasine WE DEMAIN qui cite de nombreuses autres innovations prometteuses dans son N°1